« Si je ne pouvais écrire, je serais muet… ». Cette phrase résume à elle seule les douleurs d’Alix Mathurin devenu au fil de la vie Kery James. Elle montre l’envie insatiable d’un artiste d’exorciser ces craintes, ses doutes, non pas par la violence, mais bel et bien par les textes. « J'ai écrit par instinct, par survie. Je me suis surpris à écrire afin de supporter la vie ». Cette vie, emprunte de cauchemars aurait pu virer définitivement au roman noir…
Alix est né en Guadeloupe, de parents haïtiens. Son père émigre à Miami et laisse une mère et ses enfants. Pour eux, la vie prend des allures de survie. Il n’a que sept ans quand ils débarquent à Orly (94) dans l’espoir d’une situation meilleure. Mais, ce n’est que le gris de la banlieue qui envahit le petit Kery. La rage et l’amertume s’empare de son âme, le « diable le prend pour cible » …
« Je manie la langue de Molière, j’en maîtrise les lettres »… À la MJC d’Orly, il commence à pleurer sa peine sur des feuilles de papiers. Là où beaucoup crachent leur haine, lui ne fait que poétiser son chagrin … Son flow est clair, rapide, Mc Solaar l’invite à rapper avec lui, sur son album « Qui sème le vent récolte le tempo » sous le nom de Kery B. Il s’émancipe au sein du groupe Ideal J, dont il est le principal MC. Leur premier album sort en 1996, avec des titres tels que « Ghetto français », « Show business » et « Je dois faire du cash ». La poésie laisse place à la violence des mots avec notamment le titre « Hardcore » en 1998. Alors que son nom commence à être respecté dans le rap, il l’est aussi en meneur de bande, une vie parallèle dans laquelle le shit, l’argent facile et la violence sont les maîtres mots.
« Entre la mort et la prison, la rue ne t'offres que 2 issues »… Son quartier général : la demi-lune à Orly… Bagarres, trafics en tout genre font partis de son quotidien… Plusieurs fois il passera près de la prison, des blessures et de la mort, jusqu’au jour où sa vie bascule… Son ami d’enfance, Las Montana, est abattu… Kery James gardera cette blessure toute sa vie… Il veut tout arrêter, la rue, les bandes, les trafics, le rap… L’Islam va lui offrir l’exutoire dont il rêvait. Alix devient Ali, mais Kery reste Kery… Son talent s’est certes corrompu dans l’illicite, mais sur le banc des mélancoliques, sa musique va siéger pour devenir une référence… Près à revenir, en octobre 2001 il sort l'album « Si c'était à refaire » avec entre autres, les titres « 28 décembre 1977 », « Si c'était à refaire », « Soledad », « Y'a pas d'couleur ». Un opus qui reflète la maturité du nouveau Kery.
« Même si la mélancolie te fait cotoyer la folie, reste solide, car il y a un jour après la pluie… ». L’islam lui a effacé son passé, sans pour autant lui enlever ses douleurs. Peut-être les gère t-il mieux. Kery est un homme nouveau, ses textes sont non-violents, revendicatifs et tristes mais aussi teintés d’espoir… Il pleure des rimes, nous fait partager ses peines, il nous communique aussi sa force de vivre. L'album « À l'ombre du show-business », sorti le 31 mars 2008 est rapidement disque d’or (Plus de 100 000 albums vendus) grâce aux titres « Le combat continue Part III », « Banlieusards », « J’écris» ou encore « L’impasse ».
Kery James est entré dans la cour des très grands et surtout il est respecté de tous les artistes, bien au-delà des sphères du rap. Kery le sage poursuit donc son chemin, un chemin tracé par la religion, un chemin emprunt de peines, de revendications, mais que voulez-vous, Alix Mathurin sera pour toujours Kery James, le mélancolique.
ACTU
- Nouvel Album « Réel », dans les bacs courant Mai.
- DVD, « L’homme aux trois visages » de Philippe de Roizes
- Kery James, la tournée dans toute la France en 2009.
- Site : www.keryjames-officiel.skyrock.com