Tout juste vingt ans après le révolutionnaire « Roger et moi », Michael Moore cartonne actuellement au cinéma avec « Capitalism: a love story », qui revient aux sources d’un sujet qui a occupé toute sa carrière : l’impact désastreux de la mainmise de l’entreprise sur le quotidien des Américains — et, par extension, sur celui du reste du monde.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce film ? Et pourquoi aujourd’hui ?
Aux Etats-Unis, nous avons une certaine tendance à nous voiler la face. Même si les problèmes sont juste sous notre nez et que nous sentons que les choses prennent vraiment une mauvaise tournure, nous préférons généralement nous laisser porter, et attendre que les beaux jours reviennent pour aborder ouvertement les sujets sensibles et oser dire certaines choses.
Vous dites que les gens trouvent même parfois une forme de confort dans la médiocrité !
Oui, les gens choisissent de s’adapter tant bien que mal. Beaucoup sont convaincus que s’ils courbent l’échine et se tuent à la tâche, ils pourront passer à travers les gouttes. Il faut donc bien que quelqu’un se décide à rompre le silence et à mettre le doigt sur ce qui ne va pas.
L’idée était donc de soulever un certain nombre de question… C’est le rôle d’un artiste, ça ?
Mon but est de formuler un certain nombre de questions qui me trottent dans la tête depuis un moment et qui, je crois, sont des questions que la société a besoin de formuler. C’est le rôle d’un artiste, d’un musicien ou d’un cinéaste effectivement. Nous devons nous extraire de la foule, refuser de suivre le mouvement. Les politiciens ne feront rien pour changer les choses. Ce n’est pas dans leur intérêt d’être courageux, c’est bien trop risqué. C’est aux citoyens de les obliger à changer. Et quand la vérité sera faite, vous verrez que ceux qui étaient si sûrs d’eux jusque-là n’en méneront pas plus large que les gens qu’ils avaient l’habitude de prendre de haut.
Est-ce là le point culminant de votre carrière ?
Oui, je pense ! La production du film a commencé au printemps 2008. Mais en réalité, il m’a fallu vingt ans pour faire ce film. Depuis « Roger et moi », en 1989, tous mes projets ont été traversés par une sorte de fil rouge, des enjeux communs. « Capitalism : a love story »
n’est pas seulement un prolongement, c’est une forme d’aboutissement, un point culminant de mon travail. Beaucoup de gens ressentent de la colère à propos de la récente crise inancière, et de ses effets sur les investissements, le prix de l’immobilier et les budgets gouvernementaux. Mais ils ne savent pas nécessairement qui blâmer.
« Il n’y a pas assez de savon dans le monde entier pour désinfecter Washington »
Ce film pourra-t-il les aider à y voir clair et à distinguer les responsables de cette catastrophe ?
L’identité de ceux qui sont à l’origine de cette catastrophe financière n’est pas vraiment un mystère. La colère des gens s’est dirigée principalement vers les banques et les institutions financières qui ont détourné notre économie et ont joué avec comme au casino. Et aussi vers les politiciens qui les ont laissé faire… Ne me lancez pas sur ce sujet !
Vous êtes une fois de plus « anti-système » !
Mon film, oui ! Il ne porte pas sur la « croissance », la « récession », les « plans de sauvetage »… J’ai entamé ce projet bien avant que l’économie ne s’effondre et sans savoir que le Trésor américain serait massivement pillé un mois avant l’élection présidentielle. Le film n’est pas centré sur un individu, une entreprise, un problème local : son sujet, c’est le système qui autorise, encourage, et, pire encore, qui cautionne cette corruption.
Quelqu’un peut-il encore se vanter d’avoir les mains propres à Washington selon vous ?
Croyez-moi, il n’y a pas assez de savon dans le monde entier pour désinfecter Washington. Le film n’hésite pas à donner des noms, et à s’attaquer aux deux bords, sans peur ni complaisance. Le débat politique se voit toujours ramené à un affrontement entre libéraux et conservateurs, Démocrates et Républicains, ce qui est un moyen de nous détourner
du véritable problème : le système dont nous dépendons étend son emprise sur les deux parties, les conservateurs comme les libéraux. Et aussi bruyants que soient les débats entre les partis, chacun n’a qu’un seul objectif : rester au pouvoir…
Bon au final, qu’est-ce que votre film a à offrir aux spectateurs ?
Du pop-corn et des fourches !
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ACTU
« Capitalism: a love story », de Michael Moore
Actuellement dans les Salles